« Histoires tsiganes »: traduction d’un édito de la presse locale roumaine

Je lis avec attention la presse locale roumaine, tout particulièrement la presse du département de Bihor (où se situe la commune de Tinca). Bien souvent, ce n’est pas particulièrement mirobolant mais toujours très instructif au delà du simple fait divers. Ce qui m’intéresse, c’est le traitement réservé à ce qui fait actualité, moins l’actualité elle-même, si je peux dire. Pendant ma thèse, je collectionnais les coupures de presse qui parlaient des bidonvilles de roms (ce qui, en soi, avait très peu d’intérêt). Mais après plusieurs années, mis bout-à-bout, ces articles répétitifs semblaient montrer un problème incriminant ses propres victimes et sans aucune issue: de là le titre équivoque des « ingouvernables ». Dans ce billet, je me risque une première fois à traduire une tribune d’un journaliste local du « Bihoreanul » qui pose une nouvelle fois la questions de l’intégration des roms en Roumanie.

L’article en question peut être consulté ici (en roumain). Il date du 1er novembre 2017 et il est écrit par un certain Mircea Chirila.

Ma traduction est très imparfaite, je m’y risque en assumant tout-à-fait que certaines expressions m’aient résisté et que j’ai improvisé des tournures qui m’ont semblé être quand même les plus justes…

Je traduis cette tribune pour ce qu’elle a d’instructif et de vivant, moins parce qu’elle ferait (vaguement) écho à ce que je pense. Par ailleurs, je ne connais pas ce journaliste et sa posture habituelle. Mais cette tribune m’a intrigué, je m’attendais à lire, comme très souvent, une opinion négative et sévère sur les roms, les renvoyant à leur propre condition. La surprise a été qu’il s’agit surtout de ramener la situation des roms à un problème collectif. Suffisamment rare pour le souligner.

Par ailleurs, la commune de Tinca est citée ainsi que les opérations de renvoi des roms de Lyon dans ce département dans les années 2007-2009 je pense.

« Povesti tiganesti », Bihoreanul du 01/11/2017, par M. Chirila

« Un reporter de la télévision a pu ressentir dans sa propre chaire ce que signifie enquêter en terrain tsigane (tiganime). Il est allé filmer à Tileagd des roms qui volent de l’essence et il s’est pris des coups de bâton sur le dos. Il existe des lieux dans le département de Bihor, comme à Tileagd, Tinca ou Ineu, où l’autorité de l’État est sérieusement mise en question. Car pourquoi un tsigane aurait-il peur de foncer à coup de bâton dans les forces de l’ordre alors que les conditions en prison sont un luxe par rapport à ce qu’il connait à la maison?

J’ai moi-même connu ce genre de situation par ailleurs. Une fois en reportage dans un coin perdu (Tincapana), un type nous a dit, à moitié sérieux, à moitié pour rire, de descendre en marche parce que si on arrêtait ici la voiture on nous piquerait les roues. Une autre fois, une collègue était allé à la rencontre des roms renvoyés chez eux depuis Lyon et en 30 secondes son téléphone avait disparu.

Une autre fois encore, j’assistais à une conférence de clôture d’un projet européen pour l’intégration des roms dans la société. La plus grande partie des fonds avaient en fait profité au chef de projet, un type vulgaire et impressionnant de près de 150 kilos, accompagné en permanence de deux blondes généreuses.

On s’est cru bien trop malin en pensant régler le problème en laissant filer nos concitoyens en Europe et en les nommant « roms » plutôt que « tsiganes », mais on s’est réveillé haïs de tous, à juste titre, parce que ces tsiganes sont des citoyens roumains. La solution pour l’intégration des populations défavorisées dans notre société est l’éducation. Sauf que nos gouvernants ont eux-mêmes un problème d’éducation. Et jamais ils ne renonceraient en plus à un électorat captif dépendant de l’aide sociale… »